Festival Avignon OFF – La compagnie de danse contemporaine La Vouivre présente à La Scierie jusqu’au 19 juillet le spectacle VIVARIUM, une traversée poétique et lumineuse des états de passages intimes. À travers un saisissant jeu de contrastes entre le visible et l’invisible, porté par la corporalité poignante de la danseuse Bérangère Fournier ainsi qu’une architecture inédite du son, de la projection vidéo et de la lumière, VIVARIUM déploie toute la poésie des seuils et des métamorphoses.
Au creux du noir-abysse, découpé par 2 rubans lumineux, une silhouette se distingue, cagoulée et pailletée. Sa présence fantomatique instaure un premier doute sur la réalité de notre perception : qui est cet être à demi-là ? Comment peut-il disparaître sous nos yeux, sans un bruit ? Sans visage et le corps meurtri, la silhouette déploie sa lenteur et ses sursauts, nous livrant avec grande émotion les traces muettes de son passé.
À l’origine du soi
À ses envols autant qu’à ses abandons, on s’identifie sans mal, par la force suggestive d’une danse organique qui se présente comme la matérialisation d’une dualité intime et universelle.
Ranimé par la musique hypnotique et « accidentée » de Julien Lepreux, le corps de Bérangère Fournier traverse une succession d’enfermements, de libérations, de rituels de réparation, et de correspondances avec ses propres traces. Des à-coups sonores qui tantôt l’effondrent, elle fait aussi des sources de puissance et de revanche contre l’inertie. À ses envols autant qu’à ses abandons, on s’identifie sans mal, par la force suggestive d’une danse organique qui se présente comme la matérialisation d’une dualité intime et universelle.

Dépouillé de toutes ses aspérités, ce monde intérieur se traduit notamment par une magnifique scène forestière, entre le rêve et le conte mythologique, dans lequel l’interprète devient créature sylvestre au contact du règne animal, végétal et minéral. Aux lointains appels des crapauds répondent les arbres, la mousse et la terre, dont elle orne son buste nu. Elle finit même par porter tout ce monde vivant en coiffe royale, idole guerrière d’un nouvel état intime, qui peut enfin traverser le cadre lumineux qui l’enfermait comme dans un vivarium.
Fragments du visible
Tout est mis en réseau pour confectionner cet espace à la fois intérieur et extérieur, ces résonances entre le dehors et le dedans : la danse, la lumière, la vidéo et le son sont autant de vecteurs pour matérialiser ces interstices de l’invisible.
Tout, dans VIVARIUM, est mis en réseau pour confectionner cet espace à la fois intérieur et extérieur, ces résonances entre le dehors et le dedans : la danse, la lumière, la vidéo et le son sont autant de vecteurs pour matérialiser ces interstices de l’invisible. La lumière et la vidéo deviennent des matières presque tangibles et palpables, grâce à un fascinant travail de découpages et de projections. Si les premières parties de ce solo augmenté nous donnent une légère impression de distance, cherchée précisément dans l’effet « vivarium » dans lequel est enfermée l’interprète, c’est bien la lumière et la vidéo qui viennent recréer le lien : l’immersion sensorielle est telle que l’on croit se faire caresser la joue par les rayons diffractés d’une lumière astrale et se faire lécher les pieds par l’écume de mer numérique.

Le « pixel mapping » permet également de créer des images d’une grande beauté, transformant chaque élément du vivant en espace de projection. On est saisi par les échos créés entre toutes ces entités, unies pour raconter les synchronicités entre soi et le monde : l’interprète se « fond » littéralement dans le décor. Ces éclats lumineux au milieu de la pénombre créent parfois d’étranges phénomènes, comme des images rémanentes (ces images qui s’impriment sur les paupières fermées après une exposition lumineuse), impliquant nos propres corps immobiles de spectateur·rices dans cette étrange et sensible épopée visuelle.
Au fil de ces traversées, VIVARIUM dépasse donc la simple prouesse technologique pour faire de la lumière, la vidéo et le son des prolongements de ce corps dansant sa métamorphose. En brouillant les frontières du visible et de l’invisible, de l’individu et du monde, la compagnie La Vouivre compose une expérience sensorielle dans laquelle le regard ne se contente plus d’observer, il participe d’un ensemble vivant et connecté.
VIVARIUM
Conception – Bérengère Fournier et Samuel Faccioli – cie La Vouivre
Création lumière – Jéronimo Roé et Jeff Desboeufs
Musique – Julien Lepreux
Collaboration artistique – Adrien Mondot
Régie générale – Laurent Bazire
Lumière – Elise Lebargy
Diffusion – Léa Monchal
Vidéo – Florent Revol
Administration – Nelly Vial
Prochaines dates :
Du 6 au 19 juillet au Festival d’Avignon OFF – La Scierie
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