Festival Avignon OFF – Au Théâtre de l’Entrepôt, la compagnie DispensaBarzotti portée par Alessandra Ventrella et Rocco Manfredi présente The Barnard Loop, un délicieux spectacle visuel qui fait du rêve un espace littéral où le réel se détricote devant nos yeux. Grâce à la magie nouvelle et ses mille potentialités ainsi que le jeu physique très impressionnant des deux comédiens, on plonge dans un onirisme absurde et poétique, berceau des pérégrinations d’un rêveur solitaire.
Au centre de la scène, un grand lit aux draps bleus, une table de chevet, un réveil-matin et une lampe : le décor on ne peut plus ordinaire d’un homme en pyjama que l’on saisit au milieu de son rituel du coucher. Un bruit de chasse d’eau, une caresse pour sa plante, une gorgée de tisane, puis les bras de Morphée. Mais un premier obstacle vient interrompre cette chorégraphie d’une fluidité travaillée : l’interrupteur est légèrement trop loin, et l’ensommeillé doit redoubler d’effort pour l’atteindre du bout des doigts.

MYSTÈRES EN RICOCHETS
The Barnard Loop sème des dizaines de fausses pistes et de vraies manipulations, dans un ballet effréné de mirages et de merveilles.
Rien ne se passera comme prévu pour le pauvre diable, tombé dans une réaction en chaîne clownesque et désespérée : chaque instant d’obscurité est le théâtre de phénomènes inexplicables, tels que la disparition du réveil-matin que l’on aurait pourtant juré avoir vu sur la table de chevet quelques secondes avant. Disparitions, apparitions, métamorphoses, pyrotechnie, détournement d’attention… The Barnard Loop sème des dizaines de fausses pistes et de vraies manipulations, dans un ballet effréné de mirages et de merveilles. La magie nouvelle est ici un formidable outil théâtral pour guider les spectateur·rices vers une suspension totale de l’incrédulité, et les amener pas à pas, de miracle en miracle, au royaume de l’imaginaire.

Ce spectacle aux nombreux tiroirs est un vrai plaisir visuel, grâce à la quantité astronomique de trouvailles ingénieuses qu’il recèle. Rien n’est laissé au hasard et tous les effets sont parfaitement réussis : il faut saluer l’interprétation remarquable du comédien, mais aussi l’exécution technique d’une précision sans faille de son complice invisible. Une plante qui a la bougeotte, des os qui craquent, un deuxième pied gauche… Du théâtre physique au bruitage, en passant par de la manipulation d’objets, tout est mis au service de ce monde magique.
DRÔLE DE SOLITUDE
Il y a quelque chose de très touchant dans ces scènes de rencontres oniriques avec les objets de son quotidien.
À mesure que la nuit avance et que le personnage tente vainement de réunir les conditions de son endormissement optimal, des créatures inconnues s’invitent dans sa chambre. Probablement déjà endormi, le héros croit recevoir la visite de son réveil-matin puis de sa plante, personnifiées dans un corps vivant, en pyjama lui aussi. Des alter-égos rêvés qui prennent bien soin de lui, quoiqu’un peu maladroitement, comme dans cette scène de « nettoyage » intensif particulièrement drôle. Il y a quelque chose de très touchant dans ces scènes de rencontres oniriques avec les objets de son quotidien : ceux-ci s’occupent de lui comme il s’occupe d’eux, tous les soirs, dans son fameux rituel.

Celui qui se rêve insomniaque finit par perdre lui aussi tout sens de la réalité : pour passer le temps, il tente de jouer au tennis (manquant de briser littéralement le quatrième mur) puis de regarder un film, devant lequel il ne peut retenir ses larmes. Cet inconnu a quelque chose d’extrêmement tendre et identificatoire : il est le spectateur d’un chaos ému qu’il regarde avec des yeux d’enfants, avec autant de crainte que d’intérêt. Il va même jusqu’à se croire finalement le personnage principal d’un thriller, camouflant les armes d’un crime imaginaire et s’échappant à l’intérieur de sa propre valise, fuyant ce rêve interminable autant que sa propre vie.
The Barnard Loop nous entraîne avec douceur dans un conte nocturne étourdissant, où la magie devient la manifestation tangible de toutes les tentatives désespérées d’un ermite de se relier au monde. La compagnie DispensaBarzotti déploie une mise en scène et une technique remarquable pour créer, à partir d’une situation banale, un univers formidablement unique.
THE BARNARD LOOP
Conception et écriture – Alessandra Ventrella et Rocco Manfredi – cie DispensaBarzotti
Interprétation – Jacopo Maria Bianchini et Rocco Manfredi
Mise en scène – Alessandra Ventrella
Création son – Dario Andreoli
Scénographie – Paolo Romanini et Rocco Manfredi
Création lumière – Alessandra Ventrella
Support logistique – Cie Les Karnavires
Prochaines dates :
Du 4 au 25 juillet 2026 au Festival d’Avignon OFF – L’Entrepôt
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